Une contradiction ? — dimanche 12 juillet 2020

À la découverte de la Bible
 
À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là. À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a […] Ils se sont bouché les yeux. (Mt 13, 1-23)
 
Ceux qui sont habitués à cette rubrique m’ont souvent vu répéter cette phrase de saint Jean : Dieu est amour (1 Jn 4, 16). Ils savent aussi que c’est à partir de cette petite phrase de trois mots que peut se comprendre toute la Bible. Or, dans l’Évangile de cette semaine, on peut lire des paroles très dures de Jésus, celles citées ci-dessus, qui peuvent nous sembler relever d’une surprenante iniquité : comment Dieu peut-il donner beaucoup à celui qui a déjà … et retirer le peu qu’il a à celui qui n’a rien ? N’est-ce pas là le contraire de l’amour ? Comment, alors, concilier l’Évangile d’aujourd’hui avec la phrase de saint Jean qui dit que Dieu est amour? C’est ce que nous allons aborder ici.
 
D’abord, essayons de comprendre de quoi nous parle Jésus : quel sens place-t-il derrière les mots qu’il utilise ? Celui qui a déjà quelque chose, ici, c’est celui qui a la soif de Dieu. Il cherche Dieu et, déjà, il devine ou comprend que Dieu se trouve du côté de l’amour, de la générosité, de la miséricorde. Ce que cette personne a, c’est sa soif de Dieu et son début d’amitié avec lui. À cette personne, Dieu peut donner l’eau vive dont parlait Jésus, dans un autre épisode de l’Évangile, à une femme qui avait précisément cette soif de Dieu (voir Jn 4, 10). Jésus peut lui donner l’eau vive — la connaissance des mystères du royaume des Cieux— parce que cette personne a soif de Dieu et, pour reprendre les mots de notre rubrique de la semaine dernière, parce qu’elle consent à la présence de Dieu en elle. Ici, avoir, c’est donc avoir soif de Dieu. Par ailleurs, toujours dans l’Évangile d’aujourd’hui, celui qui n’a pas, c’est celui qui n’a pas soif de Dieu : il s’abreuve ailleurs. Pour lui, l’amour, la générosité et la miséricorde sont choses inutiles, superflues ou carrément indésirables. Il s’abreuve bien de toutes sortes de choses — le prestige, la richesse, le plaisir, etc. — mais ces choses, en fin de compte, ne sont rien en face de Dieu : elles ne sont que des idoles et, comme telles, que des illusions, rien. En effet, comme le dit le Livre de la Sagesseà propos des idoles et de leur adorateur : Il demande l’efficacité aux mains les plus inefficaces (Sg 13, 19). Ici, ne pas avoir, c’est n’avoir que des illusions, c’est-à-dire rien.
 
Dans cette perspective, ce que nous dit Jésus, aujourd’hui, c’est que la personne qui a soif de Dieu, qui consent à la présence de Dieu en elle, recevra beaucoup, puisque Dieu accueillera favorablement sa demande et se donnera tout entier à cette personne. N’est-ce pas là l’abondancemagnifique dont nous parle Jésus aujourd’hui ? Mais à celui qui n’a pas soif de Dieu et qui lui préfère les illusions vides de sens, Dieu ne pourra rien donner. Non seulement cette personne n’aura rien, mais elle perdra même ce qu’elle a : ses illusions, puisqu’elles ne sont rien, puisqu’elles sont vides. Or, ce qu’il faut comprendre ici c’est que ce n’est pas par manque d’amour, de générosité ou de miséricorde que Dieu ne donnera rien à cette dernière personne : s’il ne lui donnera rien, c’est parce que cette personne s’obstine à refuser en elle la présence de Dieu. Dieu, en effet, par respect du choix de chaque être humain, ne peut imposer sa présence, son amour, sa générosité et sa miséricorde à personne. C’est ce que souligne Jésus, lorsqu’il cite Isaïe : Ils se sont bouché les yeux, autrement dit, ils se sont eux-mêmes fermés à Dieu et ils s’obstinent à ne vas vouloir le voir, l’entendre, l’aimer.
 
La contradiction apparente entre la phrase de saint Jean, Dieu est amour, et les paroles de Jésus aujourd’hui n’est donc pas une réelle contradiction. Bien plus, elle nous montrent que l’amour divin est tellement parfait que, précisément par amour, il ne peut s’imposer à qui que ce soit.
 
Nous voici donc placés devant nos propres choix et nous pouvons maintenant nous poser la question : de qui ou de quoi avons-nous soif ? De Dieu ou de réalités terrestres ? Et si nous répondons « de Dieu », est-ce bien du Dieu qui est Amour ou d’une fausse image de Dieu, d’une idole vide de sens ? C’est à chacun de nous qu’il importe de s’interroger sur soi-même.

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