Un texte plein de bizarreries

À la découverte de la Bible - dimanche 2 août 2020
 
"Il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades."
(Mt 14, 13-21)
 
Nous, chrétiens, nous sommes tellement habitués à la lecture ou à l’écoute des textes bibliques que, la plupart du temps, nous n’en percevons même plus les bizarreries ! Le texte d’aujourd’hui n’en est pourtant pas exempt et ce que nous allons faire, à l’instant, c’est nous attarder à ces bizarreries. Nous allons découvrir qu’elles ne sont pas fortuites mais voulues, suivant une logique symbolique, narrative, destinée à nous faire entrer plus à fond dans le Mystère divin. Ces bizarreries, si vous voulez, sont comme les images colorées d’un magnifique poème qui nous permet de dépasser la logique rationnelle pour entrer dans un monde qui nous dépasse, qui nous transcende : le monde divin.
 
Le texte cité au début de notre réflexion d’aujourd’hui, si on s’y attarde, est vraiment bizarre. Jésus, nous dit-on, part en bateau pour un lieu désert et, lorsqu’il y arrive, la foule qui l’a vu partir l’attend là en grand nombre (plus de cinq mille personnes). D’abord, comment font-elles, ces personnes, pour savoir où Jésus s’en va ? Ensuite, comment font-elles pour être plus rapide que la barque ? Cette barque avance vraisemblablement avec l’aide du vent, donc rapidement et en ligne assez droite (même si elle a à louvoyer), sur une étendue plane et vide. La foule, elle, à pied, donc lentement, doit contourner le lac sur un rivage irrégulier et semé d’obstacle. Et puis, posons-nous la question : est-ce que ça marche vite, une foule dans laquelle se trouvent de nombreux malades ? Pas vraiment ! Première bizarrerie.
 
Seconde bizarrerie : comment les Apôtres peuvent-ils s’attendre à ce que plus de cinq mille personnes puissent aller acheter leur souper dans les villages des alentours ? Ces villages auraient-ils donc tant de réserves de nourriture prêtes à la vente ? Voyons donc : les Apôtres disent n’importe quoi ! Mais attribuons leur divagation au fait qu’ils sont complètement dépassés par la situation : ça aussi, ça a sa signification.
 
Troisième bizarrerie, celle qui nous semble la moins bizarre de toutes : les miracles de Jésus. Nous, qui sommes chrétiens depuis toujours, nous recevons ces textes avec le regard de la foi. Mais imaginez-vous que vous ne connaissez encore rien à Jésus : comment réagiriez-vous à la lecture ou à l’audition de ce récit ? Vous en avez rencontré, vous, des gens qui en guérissent d’autres miraculeusement ? des gens qui nourrissent autant de monde avec … combien dit-on ? cinq pains et deux poissons ?
 
Toutes ces bizarreries sont pourtant voulue par saint Matthieu, l’auteur de l’Évangile d’aujourd’hui : elles ont pour but de nous faire réfléchir et de nous faire découvrir, à travers leurs logique symbolique, narrative, ce qui dépasse la logique rationnelle: Dieu est parmi nous et sa présence nous transforme. Retenons ici trois choses.
 
La première bizarrerie, d’abord, nous apprend que la présence de Dieu nous donne faim et soif de lui au point ou nous pouvons arriver à nous dépasser nous-même en le cherchant — et en le trouvant. Comme la foule, notre soif de Dieu, notre désir ardent de le rencontrer nous donne des ailes et trouve chez lui un accueil plein de compassion.
 
La deuxième bizarrerie, ensuite, nous apprend que la présence de Dieu nous déroute parce qu’il ne voit pas les choses comme nous. Comme les Apôtres, nous ne voyons pas où Dieu veut en venir et, souvent, nous voulons appliquer des solutions qui n’ont aucun bon sens à des difficultés que nous devrions plutôt confier à Dieu : lui nous éclairera — ou même : il agira pour nous.
 
La troisième bizarrerie, enfin, nous apprend que la présence de Dieu nous nourrit et nous comble, au point où nous pouvons faire profiter de sa bienveillance à nos proches. C’est l’image du surplus de nourriture, à la fin du repas.
 
La semaine prochaine, la suite de ce texte sera encore plus  bizarre, mais elle nous permettra de comprendre combien la Bible a de richesse et de profondeur. En attendant, j’aurais le goût de conclure ici avec un mot du poète Charles Baudelaire : Le beau est bizarre ! Bonne semaine !

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