Le repos dans l’Esprit — dimanche 5 juillet 2020

À la découverte de la Bible
 
L’Esprit de Dieu habite en vous (Rm 8, 9.11-13).
Moi, je vous procurerai le repos (Mt 11, 25-30).
 
J’aime bien faire le rapprochement entre ces deux phrases tirées des lectures de la messe de ce dimanche. Ensemble, elles me rappellent la belle expression de « repos dans l’Esprit ». Pour l’Église, cette expression évoque l’état d’une personne qui, dans la prière, a atteint un état de quiétude particulière, une quiétude marquée par l’ouverture de la personne en question à la présence en elle de l’Esprit Saint. Il s’agit d’une quiétude qui s’obtient au moment de la prière, mais qui perdure jusque dans la vie quotidienne. Le Psaume 130 (131) nous décrit cet état par ces mots : Je tiens mon âme égale et silencieuse. À partir de cette phrase du Psaume, on peut comprendre que l’état intérieur d’une âme ouverte à la présence de Dieu s’apaise comme la mer qui devient égale et silencieuse après le passage d’un ouragan (pensez ici à l’épisode où Jésus apaise une tempête : Il se fit un grand calme — Mt 8, 23-27).
 
Cet état intérieur est à la portée de tout chrétien qui désire s’ouvrir à la présence de Dieu. C’est pourquoi le moine cistercien Thomas Keating nomme la forme de prière qui y conduit « prière de consentement », mais elle prend aussi d’autre noms : le bénédictin John Main et le franciscain Lawrence Freeman la nomment « méditation chrétienne », tandis que l’Église ancienne la nommait « hésychasme » ou « prière du cœur ». Quoiqu’il en soit du nom qu’on lui donne, l’Église reconnaît en cette prière une voie simple d’union à Dieu, accessible à toute personne qui désire simplement en faire une pratique quotidienne de quelques minutes.
 
Cette prière est donc l’expression de notre consentement à la présence de Dieu en nous. Souvent, dans la prière privée ou collective, nous parlons à Dieu : nous le louons, nous le remercions, nous lui demandons certaines choses. Tout cela est parfaitement légitime, mais la prière ne saurait être un monologue : Dieu aussi a des choses à nous dire et, pour l’entendre, il est bon de savoir acquiescer à sa présence dans le silence. La prière de consentement, qui ne remplace pas mais qui complète les autres formes de prière, consiste essentiellement à nous détacher de nos idées et de nos émotions, pour laisser toute la place à Dieu. Lorsqu’on acquiesce à la présence de Dieu, celui-ci peut nous parler dans notre silence. Il ne s’agit évidemment pas de chercher ici à « entendre des voix », mais simplement à laisser Dieu nous inspirer de la façon discrète et délicate qui est la sienne. Il ne passe pas par des mots audibles, mais sa présence acceptée nous transforme petit-à-petit, au fil des jours, des semaines, des années. Dieu crée en nous, par sa présence, un état d’apaisement de plus en plus profond, qui naît de la prière pour se prolonger dans la vie quotidienne. De cette paix intérieure viennent alors des réponses à des questions, des solutions à des difficultés, une facilité à vivre de plus en plus sous le signe de l’amour divin. Cette prière apparemment si anodine donne des résultats surprenants et il n’est pas étonnant de constater qu’elle existe dans l’Église de façon continue depuis ses tout débuts. Le chapelet, d'ailleurs, s’en rapproche beaucoup.
 
Mais comment vivre au quotidien cette prière de consentement ? Simplement. Donnez à Dieu un ou deux rendez-vous quotidiens de vingt à trente minutes. Durant chacun de ces rendez-vous, retirez-vous dans un endroit calme et silencieux. Assoyez-vous confortablement, le dos bien droit et les yeux clos, et restez complètement immobile pour la durée de votre prière. Puis, soyez attentif à votre respiration, qui devrait devenir plus lente, plus ample. Commencez alors à répéter intérieurement un mot-prière de votre choix (« Notre Père, Jésus, Merci », etc.) ou une courte phrase (« Gloire à Dieu, Kyrie eleison, Viens Esprit Saint », etc.) en harmonisant cette phrase au rythme de votre respiration. Répétez ce mot ou cette courte phrase sans cesse, en y étant fidèle du début à la fin de votre prière. Si vous vous rendez compte que votre esprit s’est mis à vagabonder, c’est normal : ne vous en faites pas et revenez simplement, tout doucement, à votre mot ou à votre phrase. C’est par la répétition de ce mot ou de cette phrase que vous pourrez vous détacher de vos pensées et de vos émotions et consentir à la présence de Dieu en vous. Dieu, avec beaucoup de délicatesse, pourra alors, au quotidien, vous inspirer et vous transformer de plus en plus à son image. Vous connaîtrez alors le repos dont Jésus parle dans l’Évangile d’aujourd'hui.

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