La grisaille et la Sagesse - À la découverte de la Bible du 8 novembre 2020

La grisaille du mois de novembre, le froid et la nuit qui prennent de plus en plus de place dans notre quotidien, l’attente de l’hiver où tout s’immobilise et où règne le silence — à l’exception, peut-être, du vent qui siffle dans les grands arbres qui craquent — tout cela a traditionnellement amené l’Église à profiter de ce mois pour nous faire réfléchir à ce qu’on appelle parfois les « fins dernières », à nous faire réfléchir au sens de notre vie présente dans la perspective de celle à venir. L’Évangile d’aujourd’hui nous invite à une telle réflexion : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » (Mt 25, 1-13), tout comme l’épître de saint Paul, d’ailleurs, qui nous parle de la vie à venir : « Ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui. » (1 Th 4, 13-18). Ces réflexions peuvent, à première vue, nous sembler un peu austères. On peut par contre se dire que, dans le contexte de la pandémie actuelle, elle semblent à propos.
 
La grisaille de novembre et la pandémie actuelle, combinées, pourraient nous faire oublier l’optimisme des lectures d’aujourd’hui : si le Christ nous invite à veiller, c’est pour nous emmener avec lui à la noce : « Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces », nous dit encore l’Évangile. Or, la noce, c’est la joie partagée, des gens heureux, des gens qui s’aiment, des gens pleins de projets et de vie, des gens inspirés par une Sagesse resplendissante, souriante, une Sagesse qui ne flétrit pas, une Sagesse qui donne le bonheur. Le Livre de la Sagesse, aujourd’hui, nous en dit ceci :
 
« La Sagesse est resplendissante, elle ne se flétrit pas. Elle se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment, elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent. Elle devance leurs désirs en se faisant connaître la première. Celui qui la cherche dès l’aurore ne se fatiguera pas : il la trouvera assise à sa porte. Penser à elle est la perfection du discernement, et celui qui veille à cause d’elle sera bientôt délivré du souci. Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle ; au détour des sentiers, elle leur apparaît avec un visage souriant ; dans chacune de leurs pensées, elle vient à leur rencontre. » (Sg 6, 12-16)
 
Cette Sagesse, qui se trouve assise à notre porte, le Christ nous invite à lui ouvrir, à l’accueillir, à la faire nôtre. En fait, le Christ nous invite à l’accueillir lui-même, puisqu’il est, lui-même, la Sagesse divine. « Le Christ est […] sagesse de Dieu », nous dit saint Paul dans sa Première épître aux Corinthiens(1 Co 1, 24) et, à sa suite, l’Église ancienne et contemporaine. Nous reviendrons sur ce point la semaine prochaine.
 
Accueillir le Christ-Sagesse, c’est ce que nous nous préparerons bientôt à faire, tout au long de l’Avent. Les lectures bibliques et les réflexions que l’Église nous propose en se mois de novembre ne trouvent leur sens que dans la perspective de l’Avent, de Noël et — en fin de compte — des fêtes pascales, au printemps prochain. Tout forme un tout, un ensemble, comme une suite de notes et d’accords, dans une pièce musicale, qui, isolée, peut sembler un peu triste mais qui, en fin de compte, contribue à la beauté et à l’harmonie de l’œuvre tout entière.

S. Garant, animateur de pastorale

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