L’Épître aux Romains : la foi et les œuvres — dimanche 19 juillet 2020

À la découverte de la Bible
 
"L’Esprit intercède pour les fidèles." (Rm 8, 26-27)
 
La première lecture de la messe de ce dimanche, 19 juillet, est tirée de l’Épître aux Romains de saint Paul, qui compte seize chapitres et qui est la plus longue des treize épîtres de l’Apôtre. C’est la raison pour laquelle, dans nos Bibles, cette épître est placée en tête des œuvres de saint Paul. Elle n’est cependant pas la plus ancienne de l’Apôtre, cet honneur étant réservé à la Première épître aux Thessaloniciens, ni la plus récente, qui est probablement l’Épître à Tite. L’Épître aux Romains se distingue aussi de toutes les autres épîtres de Paul sur un plan important : elle ne s’adresse pas à une Église ou à une personne que Paul connaît déjà, mais à une Église déjà existante, fondée par autrui et que Paul souhaite ardemment visiter. Il commence en effet son épître en leur disant : "Je demande que, par la volonté de Dieu, l’occasion me soit enfin donnée de venir chez vous." (Rm 1, 10) Quelques lignes plus loin, il ajoute : "J’ai bien souvent eu l’intention de venir chez vous et j’en ai été empêché jusqu’à maintenant" (Rm 1, 13). Non pas que Paul ne connaisse personne de cette Église particulière : il profite en effet de son épître, au dernier chapitre, pour saluer nommément plus d’une vingtaine de personnes qui y sont soit de sa parenté, soit de ses amis. Mais une vingtaine de personnes, c’est somme toute très peu pour toute une Église. Aussi, notre épître d’aujourd’hui, en raison d’une moindre connaissance de ses destinataires par son auteur, est-elle moins personnelle que les autres épîtres de saint Paul et peut-elle davantage s’apparenter à une exposé théologique. Celui-ci est d’ailleurs destiné à jeter certaines bases pour une éventuelle visite pastorale de l’Apôtre.
 
Par son contenu, l’Épître aux Romains, ressemble assez à l’Épître aux Galates. Cette dernière, plus courte et moins achevée, est parfois décrite par certains comme un brouillon de la première. Le point théologique essentiel de ces deux épîtres est celui de ce qu’on pourrait appeler la sanctification par la foi et non par les œuvres, un point dont l’interprétation a durement secoué l’Église d’Occident, au XVIe siècle. Ce point, en effet, a été au cœur de la réforme de Luther, de Calvin et de plusieurs autres. En gros, le point théologique essentiel développé par saint Paul, dans les deux épîtres, exprime sa conviction profonde que c’est par notre confiance (notre foi) en Dieu que celui-ci peut nous sanctifier. Selon saint Paul, il serait donc vain de croire qu’on peut se sanctifier soi-même par nos bonne actions : Dieu nous ouvre à sa sainteté, ce n’est pas nous qui, par notre sainteté, nous ouvrons à Dieu. Il est vrai que la sainteté donnée par Dieu produit ensuite de bonnes œuvres, mais saint Paul nous invite ici à ne pas confondre la cause et l’effet.
 
Pour approfondir ce point important, faisons un détour par saint Jacques. Celui-ci nous affirme, dans son épître : "C’est par mes œuvres que je te montrerai la foi" (Jc 2, 17). Pour saint Jacques, en effet, la vraie foi produit de bonnes œuvres. Ces œuvres ne sont pas la source de la foi ni de la sanctification, mais plutôt le signe d’une réelle foi, d’une réelle confiance en Dieu qui, lui, nous sanctifie. Ainsi, pour saint Jacques, une personne qui prétend avoir la foi sans produire d’œuvres devrait s’interroger sur elle-même, sa foi n’étant probablement rien d’autre qu’une croyance — une croyance exacte, peut-être, mais une croyance qui ne sanctifie pas. Sur ce point, saint Jacques insiste pour nous rappeler que les esprits malins, eux aussi, croient à l’existence de Dieu (Jc 2, 19), mais qu’ils n’en sont pas pour autant sanctifiés. En exprimant les choses chacun à sa manière, donc, saint Jacques et saint Paul se rejoignent sur le fond. Rappelons-nous en effet, que, pour saint Paul, l’absence d’amour ne rime à rien : "S’il me manque l’amour, je ne suis rien" (1 Co 13, 2).
 
La foi véritable est donc faite de confiance en Dieu, en Dieu de qui on attend ardemment notre sanctification. C’est dans cette perspective que nous pouvons comprendre la phrase citée au début de notre exposé d’aujourd’hui : "L’Esprit intercède pour les fidèles". Le mot français « fidèle » nous vient du latin « fides », qui est aussi la racine de nos mots « foi », « se fier » et « confiance ». Le fidèle, en effet, est celui qui fait confiance en Dieu, qui se fie sur lui, qui met sa foi en lui. Il est celui que Dieu, par l’accueil qui lui est fait, est capable de transformer. L’Esprit qui intercède pour les fidèles, est donc l’Esprit de Dieu qui agit en nous pour nous sanctifier.

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